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Les quatre accords toltèques : La voie de la liberté personnelle [1999] de Miguel Ruiz

Au XVIème siècle, Luther proposait aux individus de lire par eux mêmes la Bible. Aux XVIIIème-XIXème siècles, Lumières et positivistes glorifièrent la Raison et épurèrent la religion à de grands principes universels philanthropiques et humanistes. L’Eglise catholique résistait. Puis dans les années 1960, elle se rallia au monde et les églises se vidèrent. Mais comme l’homme est un être religieux, il lui fallait des cultes de substitution que la laïcité républicaine, son être suprême ou la science, ne comblent pas.
Les individus privés de transcendance, ne sont plus que des petits êtres qui rustinent les divins bobos de leur glorieuse existence de rats bientôt vaccinés à tout tout le temps, comme ils peuvent. La bourgeoise fortunée et narcissique avait bien la psychanalyse pour aller raconter ses problèmes à 50 € / heure dans un « gaspillage ostentatoire » du plus grand chic – mais c’est cher et passé de mode. Reste le rayon bien-être des librairies.

Alors on y croise des niaiseries misérables comme Les Quatre Accords Toltèques, patchwork mal cousu d’évidences noyées sous de la fausse profondeur, os sans moelle que nos contemporaines rongent comme si elles suçaient de l’ambroisie, manne fait d’évidence et de mystification. le spectacle est assez drôle de voir les infravoltairiennes se nourrir de telles bêtises infâmes quand l’idée de retourner à la religion qui a fait leur civilisation leur soutirerait un sourire narquois. Voilà donc à quoi aboutissent Luther et la république française : des gens semi-incultes prenant pour du plus haut parfum, un quelconque persil cueilli le matin dans un potager négligent mélangé à des épices de mauvaise qualité.

« Comme tout iconoclaste, j’ai brisé mes idoles pour sacrifier à leurs débris » écrivait Cioran dans ses Syllogismes de l’amertume. Et te voilà belle, Eve, à avoir croqué dans toute cette arnaque : tu t’es cru trop maline, arrogante car trop flattée, et te voilà débris toi-même qui te nourrit de gravats et de nigauderies grandiloquentes puisées dans un faux Mexique tex-mex de carton-pâte… Quand tu baissais humblement le visage et qu’on te parlait de Dieu en latin, tu étais bien plus sage et moins bête, tu ne lisais pas ces trucs qui devraient terminer au mieux aux latrines, ou au moins on te réprimandait quand ta bassesse t’y poussait…

Je n’ai moi-même pas pu aller à la moitié de ce collier de nouilles spirituelles, et j’ai eu un peu de gêne pour la femme qui me l’avait collé entre les mains. Je n’ai pas osé lui dire tout cela, donc voilà. Je ne sais pas si j’en deviens catholique pour autant, mais, à contempler cet abîme de crétinerie, ça fait réfléchir… les églises ont été construites comme témoins, pour nous rappeler qu’il y avait quelque chose avant cette vaste vacuité de l’âme remplie de petits riens.

Photo d’entête : « Extraction du Miel » par yves Tennevin

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