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Neuro-pirates [2016] par Lucien Cerise

Bien écrit, intéressant sur le fond, le plus grand défaut de ce livre édité par Kontre Kulture en 2016, est d’être un recueil de textes qui oblige le lecteur à s’infliger de trop nombreuses répétitions. L’absence de systématicité est ainsi tout à fait préjudiciable à cet ouvrage qui aurait pu être le livre initial d’un chemin initiatique guidant le lecteur néophyte un public contemporain dit « dissident », dans les méandres de la manipulation des masses. On eût même pu imaginer que ce livre eût été le premier tome d’une collection dédié à ce sujet chez Kontre Kulture. Malheureusement ce n’est pas le cas. Certes, cet ouvrage s’inscrit dans la continuité de Gouverner par le chaos, publié de manière anonyme en 2010, dont il n’est qu’un long appendice, mais il eût fallu, là encore, résumer l’ensemble du premier texte dans la préface et organiser le propos de ce livre complémentaire pour que tout cela soit plus riche et plus lisible. Même s’il affirme « ce n’est plus vraiment un recueil, mais plutôt un livre écrit sur quatre ans12012-2015. et en couches successives » [p. 16], autant dire que ceci est faux.

En effet, publiés tels quels sans travail éditorial, le tout manifeste une paresse ne présumant rien de bon sur le fond du propos. Ainsi, alors qu’il multiplie les apparitions de la dissidence au point de paraître avec Xavier Poussard, Valérie Bugault ou le très attendu Michel Drac, l’un des experts ès-manipulations de ce petit milieu, cela fait maintenant six ans, en 2021, que Cerise a publié une conférence se terminant par un « je passe maintenant la parole Paolo Cioni » [p. 46] suivi de rien. C’est assez ridicule. Les exemples identiques abondent dans les 450 de ce livre pourtant très beau – les couvertures de Marie, pour Kontre Kulture, sont toujours un régal esthétique – et imprimé sur un papier de bonne qualité.

L’ouvrage rassemble donc vingt-sept textes séparés en quatre parties. La première, « ingénierie sociale », est la plus intéressante et aurait mérité d’être structurée de manière cohérente et suivie afin de constituer ce manuel introductif aux grands textes traitants de manipulations des masses, de Gustave Le Bon à Zbigniew Brzeziński. La deuxième partie, « entretiens », est la plus pénible, la plus dispensable car la plus redondante dont le matériel aurait mérité d’être refondu dans la première partie. La troisième partie, « géopolitique », redevient intéressante qui aurait dû être la partie empirique venant exemplifier la théorie de la première partie. La quatrième partie, « divers », porte bien son nom qui traite de sujets du plus intéressant au plus anecdotique et qui aurait dû, elle aussi, être refondue dans le cadre de la (deuxième) partie pratique.

Les thèses de Cerise sont qu’il faut :

  • revenir à un nationalisme protecteur, qui s’inspire de la théorie du soin (“care”), de la permaculture et d’un conservatisme de bon sens
  • éviter toute approche culturalo-raciale et sociétale (féminisme, sexualités marginales) au profit d’une approche sociale (ce en quoi il est un disciple de Michel Clouscard en même temps qu’Alain Soral et Francis Cousin)
  • critiquer les fausses catégories et notamment dépasser le clivage droite / gauche en politique
  • lutter contre l’ingénierie sociale négative et créer de l’ingénierie sociale positive
  •  toujours chercher un tiers qui manipule les deux belligérants, dans un conflit.

Le livre n’est donc pas inintéressant mais il aurait mérité d’être retravaillé pour donner un contenu moins redondant et plus systématique.

Photo d’entête : “Night intrigue at the Louvre pyramids” par Gael Varoquaux

Note

  • 1
    2012-2015.

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